Samedi, 21 octobre 2017
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Piété et « sentimentalisme » (P. Ovila Melançon, c.s.c.)
L’expérience religieuse

Un évêque considère que le climat général qui se dégage des écrits de Vassula Ryden est toujours « sentimental ». Dans un message à Vassula Ryden, Jésus aurait dit : « Il faut mettre Dieu en tout lieu et en premier ; pour cela, il faut connaître Dieu intimement. L’approcher par le cœur, pas par l’intelligence. » À ce sujet, il faut reconnaître que des nuances et des précisions sont nécessaires.

On peut définir l’expérience religieuse, ou plus précisément « la connaissance expérientielle » de Dieu, comme étant l’acte ou l’ensemble d’actes qui permettent à l’homme d’entrer en relation vivante avec Dieu, tout en demeurant dans l’ordre de la foi. Ce genre d’expérience s’inscrit dans l’épanouissement de la grâce sanctifiante, des vertus infuses et des dons de l’Esprit-Saint.

L’expérience religieuse se rencontre surtout dans la contemplation infuse, mais aussi dans les consolations spirituelles des commençants généreux, et après le baptême dans l’Esprit-Saint.

Cette expérience n’est pas en dehors ou au-dessus de la foi ; elle se situe à l’intérieur même de la foi, qui atteint ainsi la pleine réalisation de sa nature, avec l’espérance et la charité, car ces vertus ont Dieu lui-même comme objet propre. Aucune activité purement humaine ne peut entraîner cette conscience de la présence de Dieu en soi, mais seulement le don de Dieu.

En dépit des déviations possibles, le Christ n’a jamais Laissé entendre que l’expérience religieuse doive être exclue de la vie chrétienne.

Saint Paul parle longuement des fruits de l’Esprit-Saint, qui sont des signes de l’authentique présence de l’Esprit et qui se sentent et se savourent : « Goûtez et voyez comme Yahvé est bon », écrit le Psalmiste (Ps 34, 9). Et l’Église a toujours imploré de l’Esprit-Saint l’effusion de ses dons, jusqu’au don des larmes inclusivement. Il faut donc reconnaître comme normale l’authentique expérience de Dieu.

Les consolations spirituelles sont souvent les harmoniques de l’amour de Dieu. En fournissant leur concours à la volonté vivifiée par la charité, elles peuvent être très utiles, pour autant qu’elles demeurent subordonnées à la volonté et à la charité. Il s’agit là de la sublimation la plus haute que nous puissions faire de nos puissances affectives.

Sans doute, il faut soutenir que l’expérience religieuse ou, selon les termes techniques, la connaissance expérientielle de Dieu, a une place normale dans la vie chrétienne.

Néanmoins, cette expérience n’est pas constante dans les âmes ferventes, même en dehors des périodes de purification intérieure, c’est-à-dire la nuit des sens et la nuit de l’esprit.

Mais, d’après la théologie, toute âme chrétienne doit tendre à l’amour affectif le plus intense possible à l’égard de Dieu. Et à ce sujet, il faut distinguer les consolations sensibles de la méditation ordinaire, des sentiments d’amour senti de la contemplation infuse.

Ces sentiments d’amour senti envers Dieu, éprouvés dans la contemplation infuse et dans l’état mystique, ne doivent pas être rejetés sous prétexte de mortification, car ils favorisent l’union à Dieu.

Il s’agit alors des grâces que l’on appelle indéiques, par lesquelles c’est Dieu lui-même qui se manifeste. Quand la manifestation de Dieu porte sur un être créé, comme la Vierge Marie, les anges et les saints, les révélations, il s’agit des grâces que l’on appelle exdéiques.

Lorsque le baptisé reçoit la grâce sanctifiante, il reçoit aussi le pouvoir radical d’expérimenter la présence de Dieu. Toutefois, c’est une impossibilité actuelle pour l’enfant qui ne peut encore exercer ses facultés spirituelles, ou bien pour le chrétien en qui les dons n’ont pas suffisamment évolué. C’est pourquoi l’on doit affirmer que l’expérience religieuse n’est pas nécessaire au salut.

Dans la vie chrétienne, il faut distinguer l’amour effectif et l’amour affectif de Dieu. L’amour effectif de Dieu par-dessus tout est un amour d’estime déjà efficace, c’est-à-dire qui ordonne à Lui toute la vie, sans exclure pourtant le péché véniel. Quant à l’amour affectif de Dieu plus que tout, il est un élan d’amour senti, un transport d’amour qui fait pressentir la vie du Ciel.

Sans doute, les degrés d’amour effectif et d’amour affectif de Dieu et leur proportion sont très variables, selon les physionomies spirituelles, les degrés de la vie intérieure, les méthodes d’oraison et, pour chaque individu, selon les variations des états d’âme.

Mais d’une façon générale, il faut affirmer que l’acte ordinaire du pur amour accessible à tous les chrétiens est l’acte de charité par lequel on aime Dieu, effectivement, par-dessus tout, parce qu’il est infiniment meilleur que tous ses dons, en tendant à l’aimer, affectivement, plus que tout : ce qui se réalisera parfaitement au Ciel.

Au sujet des avantages qui peuvent résulter de la connaissance affective de Dieu, qui se rencontre dans l’expérience religieuse, il faut se rappeler ce principe selon lequel « ce qui a de la saveur profite et nourrit ». La connaissance expérientielle de Dieu a donc un caractère en quelque sorte ambivalent, hybride, étant mi-affectif, mi-intellectuel, puisqu’il s’agit d’une connaissance imprégnée d’amour.

Cette connaissance expérientielle et aimante de Dieu n’est pas le fruit d’un raisonnement, mais elle procède d’une illumination spéciale de l’Esprit-Saint, selon une connaturalité ou sympathie avec les choses divines.

D’une façon générale, il faut maintenir que l’expérience religieuse tient une place normale dans la vie chrétienne ; néanmoins, elle ne se rencontre pas toujours.

Ainsi, les chrétiens qui se contentent d’accomplir le minimum des exigences évangéliques, ne goûtent pas habituellement aux consolations de Dieu. Mais si un débutant prend la décision de servir le Seigneur avec générosité, il recevra des consolations sensibles abondantes.

Et si la ferveur se continue durant un temps notable, surviendra la nuit des sens qui plonge dans la sécheresse intérieure, afin de purifier surtout la sensibilité. Après cette épreuve, dont la durée est variable selon les individus, mais qui se prolonge pendant quelques années avec quelques éclaircies, arrive une période de paix intérieure que l’on appelle la vie illuminative.

Survient ensuite une seconde nuit, qui est la purification de l’esprit, mais qui est relativement rare. L’aridité spirituelle y est beaucoup plus pénible que durant la première nuit, mais elle débouche sur la perfection de la vie chrétienne, c’est-à-dire la vie unitive.

Alors, l’expérience religieuse réapparaît avec une intensité et des délices difficiles à exprimer par des mots humains : c’est comme un avant-goût du Ciel sur la terre. La foi se trouve profondément purifiée, mais elle est loin d’exclure la connaissance expérientielle de Dieu.

Il faut évidemment éviter l’erreur du pentecôtisme classique, qui a tendance à substituer l’expérience religieuse à la doctrine. C’est pourquoi la doctrine est nécessaire, et notamment pour garantir objectivement l’authenticité de toute expérience subjective qui ne peut jamais la contredire.

De toute façon, il demeure vrai que l’homme est destiné à la vision béatifique, qui consistera avant tout dans la connaissance et l’amour de Dieu. Cette expérience ineffable est réservée pour l’autre vie, mais il serait faux de prétendre que la vie présente doive se dérouler toujours dans une nuit profonde de la foi, sans aucune lumière provenant du contact personnel avec Dieu. Au contraire, Dieu commence déjà à communiquer à ses enfants quelques lueurs du bonheur céleste.

Rôle de l’affectivité dans la dévotion

L’affectivité joue un certain rôle dans la dévotion ; elle peut être cause de joie ou de tristesse, mais surtout de joie. La considération de la bonté de Dieu développe la joie, tandis que la vue de nos propres misères peut engendrer la tristesse, mais l’espoir du secours divin peut redonner la sérénité et la paix.

Les sentiments qui peuvent être les harmoniques de l’amour de Dieu sont, comme disent les philosophes, des sentiments supérieurs et non des sentiments inférieurs, puisque ceux-ci ont un objet d’ordre sensible, tandis que l’objet de ceux-là est spirituel et relève de la raison.

Normalement, la joie spirituelle est le fruit de la générosité au service du Seigneur ; quant à la mauvaise tristesse causée par la paresse dans l’accomplissement des devoirs religieux nécessaires à la sanctification, elle s’appelle l’acédie, qui est le principe de la tiédeur.

Aristote affirmait justement que « nul ne peut rester longtemps dans la tristesse sans aucune joie ». En effet, celui qui, par sa négligence et par sa paresse, se prive de toute consolation spirituelle, finit par chercher des plaisirs inférieurs.

Les sécheresses purificatrices sont bien différentes de l’acédie, car elles laissent dans l’âme une sollicitude ininterrompue de servir Dieu fidèlement.
Au sujet de l’amour suave et rempli de délices qui provient de l’oraison de quiétude, sainte Thérèse d’Avila écrivait notamment : « Lorsqu’on goûte cette suavité, il semble que tout l’homme intérieur et extérieur se fortifie, comme si on répandait jusque dans la moelle de l‘âme une onction très suave, semblable à un parfum exquis. [...]

« De grandes vérités sont communiquées à l’âme. Cette lumière qui éblouit de telle sorte qu’elle ne comprend pas ce que c’est, lui montre pourtant la vanité du monde ; si elle ne voit pas le bon Maître qui lui donne ces enseignements, elle comprend qu’Il est avec elle.

« Elle demeure si éclairée, elle découvre en elle des effets si merveilleux, et se voit si affermie dans la vertu qu’elle ne se reconnaît plus. Elle ne voudrait ni faire ni dire autre chose que louer le Seigneur. » (Œuvres complètes, pp. 1428-1429.)

Il faut tenir compte que les consolations spirituelles authentiques sont des grâces divines. Il convient donc de les recevoir avec humilité, non en se croyant meilleur à cause d’elles, mais en attribuant ces dons à la bonté de Dieu envers nous.

Il faut distinguer les consolations sensibles, qui accompagnent parfois la prière vocale ou la méditation des commençants, des sentiments d’amour senti de la contemplation infuse. En effet, on peut avoir une certaine connaissance affective de Dieu par le simple exercice de la foi unie à la charité, et c’est le cas des consolations acquises dans la méditation ordinaire, où la sensibilité peut avoir une large part. Cependant la contemplation infuse des degrés supérieurs de l’oraison requiert en outre une illumination ou inspiration de l’Esprit-Saint, à laquelle le don de sagesse nous rend dociles.

L’oraison ordinaire comporte quatre degrés : 1) la prière vocale, qui n’est qu’une simple récitation ; 2) l’oraison discursive, celles des commençants, qui consiste en une suite de réflexions ou de raisonnements ; 3) l’oraison affective, une oraison mentale où les affections sont nombreuses et tiennent beaucoup plus de place que les raisonnements ; 4) l’oraison de simplicité, qui pousse la simplification jusque dans la variété des affections.

Surtout dans les deux derniers degrés d’oraison, dont il vient d’être question, on reconnaît l’utilité et la normalité des consolations sensibles. Ces commençants ont besoin de dire adieu au monde, par conséquent d’être attirés par quelques consolations spirituelles qui sont meilleures que les douceurs trompeuses d’ici-bas.
Néanmoins, il convient de signaler que si la sensibilité peut offrir utilement son concours à la volonté, vivifiée par la charité, ce dernier concours ne sera pas toujours nécessaire ; en effet, il disparaîtra dans les sécheresses de la nuit purificatrice des sens, qui surviendra après une période de ferveur.

Les étapes suivantes de l’oraison sont de l’ordre mystique et elles comportent la contemplation infuse, qui se perfectionne graduellement à mesure que l’âme avance dans la perfection. Ce sont, selon sainte Thérèse d’Avila, l’oraison de quiétude, l’union pleine, l’union extatique et l’union transformante. Saint Jean de la Croix divise les étapes de la vie intérieure d’une manière différente, mais sa classification correspond substantiellement à celle de sainte Thérèse d’Avila.

Ce qu’est la contemplation infuse

La contemplation infuse est une connaissance de foi et d’amour ; elle est une certaine intuition de la Vérité première qui est Dieu, mais elle ne dépasse pas les frontières de la foi. Elle n’est donc pas une perception immédiate de Dieu, tel qu’il est en lui-même, comme dans la vision béatifique. L’influence du don de sagesse fait connaître, sans raisonnement, Dieu présent en nous, dans ses effets, surtout dans l’affection filiale qu’il inspire pour lui.

Cette contemplation est un mélange de lumière et d’amour, infusé par l’Esprit-Saint et ses dons. Toutefois, chez certains, c’est la lumière qui domine ; chez d’autres, c’est l’amour. Cette différence est fondée sur la diversité des physionomies spirituelles.

On peut considérer la contemplation infuse au point de vue psychologique et au point de vue théologique. Au point de vue psychologique, la contemplation infuse est une attention générale et amoureuse de Dieu. Parce qu’elle est une attention à Dieu, elle est un acte de l’intelligence, mais elle est aussi un acte de la volonté, parce que cette attention est amoureuse.

Cette connaissance amoureuse repose avant tout sur une véritable connaturalité avec Dieu, c’est-à-dire sur une communauté de vie avec Dieu, fruit de l’amour. Elle est à la fois suprême activité spirituelle de l’âme, et souveraine passivité, sous l’action de l’Esprit-Saint. La contemplation est donc un regard amoureux sur Dieu, un acte de connaissance paisible et tranquille, où l’âme boit la sagesse, l’amour et la faveur.

Si l’on considère la contemplation infuse au point de vue théologique, l’on peut dire qu’elle est la foi, qui commence à voir Dieu sous la pression de l’amour. La foi a besoin de l’amour pour devenir contemplative ; cet amour porte le regard de l’âme vers Dieu, en suivant la foi, au point de lui faire dépasser toutes les idées humaines qui la compriment et la limitent, pour lui faire atteindre Dieu.

La contemplation infuse n’est pas une grâce charismatique, parce qu’elle est ordonnée directement à la sanctification personnelle. Elle est nécessaire à la perfection, et elle appartient à son intégrité, comme avoir de bons yeux appartient non à l’essence de l’homme mais à son intégrité.

Si l’on appelle parfois extraordinaire la contemplation infuse, c’est en ce sens qu’elle est rare de fait, mais elle ne l’est pas de droit. En effet, la contemplation est normale pour tous, en ce sens que tous y sont appelés, au moins d’une façon éloignée : ce point de doctrine n’est pratiquement plus discutable aujourd’hui.

Relativement peu d’âmes arrivent à la contemplation infuse, et la majorité sont des âmes attardées, un peu comme des enfants plus ou moins normaux, qui ne traversent pas heureusement la crise de l’adolescence et qui, sans demeurer des enfants, n’atteignent jamais le plein développement de l’âge adulte. Ces âmes attardées ne se classent ni parmi les commençants, ni parmi les progressants. On pourrait dire qu’elles sont comme des « nains » spirituels.

Pour atteindre la contemplation infuse et l’union mystique avec Dieu, il faut réaliser certaines conditions intérieures et extérieures, qui dépendent de la générosité de chacun au service de Dieu.

Ce qui fait le fond, l’essentiel de la contemplation infuse, c’est une connaissance amoureuse, qui n’est pas acquise par des réflexions intellectuelles, mais qui est produite par l’Esprit-Saint, par l’intermédiaire du don de sagesse.

Ce don rend la foi expérientielle, par l’illumination spéciale de l’Esprit-Saint, usant de la saveur et de la connaturalité de l’amour. C’est comme une aurore de la vision éternelle, qui rend pour ainsi sensible le surnaturel, donc les mystères cessent à nos yeux d’être de pures abstractions. Ils nous apparaissent au contraire comme un monde absolument réel et familier, peuplé de réalités ineffables et de personnes éternellement vivantes.

L’un des caractères de la contemplation infuse et de l’union mystique avec Dieu, c’est de provoquer dans l’âme des sentiments d’amour senti, de repos et de joie. Ces sentiments peuvent être très calmes ou violents, et ils se produisent d’eux-mêmes sous l’influence de l’Esprit-Saint, l’âme demeurant dans l’état passif. Il est très important de savoir que ces sentiments d’amour ne doivent pas être rejetés sous prétexte de mortification, car ils favorisent l’union à Dieu. De plus, la contemplation, qui est versée dans l’âme par l’Esprit-Saint, indépendamment de l’exercice de l’intelligence et des sens, échappe ainsi aux pièges du démon.

Les dangers d’illusion ne se rencontrent pas habituellement dans la contemplation infuse elle-même, si, d’après les auteurs spirituels, la contemplation n’est pas réelle. En effet, même alors elle a pour résultat excellent de pousser à l’amour de Dieu et à la pratique des vertus.

Dans la nuit des sens, domine l’influence du don de science, qui nous fait comprendre surtout la vanité des choses créées : dans la nuit de l’esprit, s’exerce davantage le don d’intelligence qui nous montre surtout la majesté de Dieu et notre misère.

Mais durant la vie illuminative, qui se place entre les deux nuits, c’est le don de sagesse qui agit de plus en plus dans l’âme, à mesure que celle-ci grandit en perfection : c’est ce don qui développe la connaissance expérientielle des choses divines.

Mais chez certaines âmes parfaites, l’influence du don de sagesse est éclatante. Chez d’autres, elle est diffuse, mais très réelle cependant ; chez ces dernières âmes, ce sont les dons pratiques de conseil, de force, ou ceux de piété et de science qui sont les plus manifestes, mais ils sont bien tous sous la direction de l’esprit de sagesse.

La connaissance expérientielle et aimante de Dieu n’est pas discursive, elle n’est pas une inférence, mais elle procède d’une illumination spéciale de l’Esprit-Saint, selon une connaturalité ou sympathie avec les choses divines fondées sur la charité.

Pour que la Très Sainte Trinité habite en nous, il n’est pas nécessaire que cette connaissance expérientielle soit actuelle, il suffit que nous en ayons le pouvoir par la grâce des vertus et des dons.

Dans cette connaissance expérientielle, l’intelligence n’atteint pas Dieu immédiatement, c’est-à-dire comme il est, comme par la vision béatifique. De plus, le juste ne peut discerner avec une absolue certitude l’effet surnaturel d’amour filial de certains élans naturels du cœur qui lui ressemblent.

La foi est une conviction des choses surnaturelles mises en nous ; cependant elle est enracinée dans une raison ayant pour objet naturel des créatures et pouvant s’élever jusqu’à Dieu. C’est pourquoi la foi a besoin d’une perfection qui l’aide à se détourner de la séduction des créatures, et à s’élever au-dessus des évidences de la raison.

Le don de science aidera la foi à trouver dans les créatures un chemin vers Dieu ; le don d’intelligence fera pénétrer davantage les données de la foi ; le don de sagesse rendra la foi pour ainsi dire expérientielle, par l’illumination spéciale de l’Esprit-Saint, usant de la saveur et de la connaturalité de l’amour. La foi devient alors, pour ainsi dire « pourvu de sens », pour reprendre les termes de saint Thomas d’Aquin (Somme théol., 3e p., q.55, a.2, sol.1).

Sans doute, il ne faut pas faire de l’expérience religieuse un absolu et le guide unique de sa conduite, oubliant que la vie chrétienne doit se laisser guider par l’enseignement du Christ, transmis par l’Église officielle.

Dans l’étude et dans l’exposé de la doctrine catholique, doivent intervenir l’intelligence et le cœur. Si l’intelligence agit seule, la doctrine est sèche et aride ; mais si le cœur est seul, l’erreur est facile et elle est toujours nocive.

Cependant il faut reconnaître que l’on a parfois tendance à mépriser le rôle de l’intelligence, et c’est dommage... Il semble juste d’affirmer que, dans le Renouveau charismatique par exemple, le ministère charismatique de docteur (Éph. 4, 11) et le discernement doctrinal font plus ou moins défaut...

*Père Ovila Melançon (Congrégation de la Sainte-Croix)
« Jésus appelle Sa Messagère », F.-X. de GUIBERT, Paris 1994, pp. 43-54.
* Le Père Ovila a publié plus de cinquante ouvrages théologiques, dont beaucoup sont consacrés à des problèmes de discernement spirituel. Après avoir été professeur de philosophie, il collabore à de nombreuses revues religieuses et accompagne plusieurs groupes charismatiques.
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