Jeudi, 20 juin 2019
Contact |  Plan du site |  Recherche
Accueil » Théologie » Réfléxion théologique
La Vraie Vie en Dieu au chœur de la foi chrétienne (Père Raymond Halter)

Les « Messages de paix et d’amour du Sacré-Cœur de Jésus » à Vassula Ryden me sont parvenus assez tôt. Des amis me les faisaient parvenir régulièrement. Ils étaient eux-mêmes enthousiastes, ne manquaient aucune réunion de Vassula et me racontaient ce qu’ils savaient de ses faits et gestes.

Dans les débuts, la lecture de ces messages m’apportait un mélange de curiosité et d’appréhension. Plusieurs éléments avivaient ma curiosité. Il y avait un aspect exotique. Elle était grecque et de confession chrétienne orthodoxe. Dans ces confidences brûlantes de Jésus à Vassula, je retrouvais certains accents intimes, ardents, du voyant de Patmos. Devant l’omniprésence du Saint-Esprit, je ne pouvais oublier la lumière de feu qui enveloppait saint Séraphim de Sarov.

Mais j’étais surtout attiré par son destin de convertie. Par son mari, elle était rattachée à ces milieux de grands fonctionnaires internationaux qui vivent souvent en étrangers dans les grandes villes des pays en voie de développement. Le Seigneur était allé très loin pour la réveiller et en faire une chrétienne convaincue. En peu de temps, il l’introduisait à la vie mystique et la préparait à devenir sa messagère. Ce chemin de conversion m’intéressait prodigieusement. A cette époque-là, je me trouvais en dialogue avec d’autres convertis et la pédagogie du Seigneur me passionnait.

Pourtant, dans le même temps, je ne pouvais éviter une certaine appréhension. Comme prêtre, je savais l’attitude de prudence avec laquelle il convient d’accueillir tout phénomène mystique ou révélation privée. Il ne s’agit pas de rejeter a priori, mais de rester fidèle au principe formulé par saint Paul :
« N’éteignez pas l’Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophétie, mais vérifiez tout ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » (1 Th 5,19-22).

De fait, j’avais déjà été confronté à maintes reprises à des messages venant du spiritisme.
Le médium en transe donnait des paroles inspirées qu’il attribuait à un personnage de l’Antiquité ou même au Curé d’Ars, à saint Ignace ou au pape Jean XXIII. J’avais même lu, par nécessité de discernement, l’énorme Cosmologie d’Urancia, qui avait fait fureur outre-Atlantique pendant quelques années.

Au moment où les « Message de Paix et d’Amour » me parvenaient, une nouvelle mode spirite se répandait. On l’appelle aujourd’hui le « Channelling », par allusion au Canal de la Télévision que l’on choisit d’écouter. On se branche ainsi sur des esprits supérieurs ou des entités cosmiques pour recevoir leurs enseignements et leurs consignes. Certains affirment recevoir de Jésus-Christ lui-même un cours sur les miracles, d’autres entrent en dialogue avec les Anges ; d’autres encore se mettent en communication avec des extra-terrestres. Mais à travers ces écrits, qui ont souvent recours à un vocabulaire et à des notions chrétiennes, nous découvrons un mélange étonnant de coutumes des religions traditionnelles, de relations avec des entités propres au chamanisme et un apport typique des spiritualités panthéistes de l’Orient.

Nous sommes en plein syncrétisme qui caractérise la gnose. Celle-ci se présente aussi comme un nouvel Evangile, une nouvelle religion. Le « Nouvel Age » a la prétention d’unifier toutes les religions et de libérer le sacré de tous les dogmes qui le bloquent.

Avec la gnose moderne, nous nous situons au cœur du combat du paganisme contre la foi chrétienne. L’athéisme a échoué de nos jours sous ses deux formes les plus virulentes : le scientisme et le matérialisme dialectique. L’offensive gnostique est beaucoup plus subtile. Elle élabore un syncrétisme « compatible », une synthèse proche des rites chrétiens et des valeurs évangéliques. La gnose est répandue aujourd’hui par une multitude de groupes ésotériques à travers la presse, l’édition, les média. Les penseurs ésotériques savent qu’ils ne peuvent rien contre l’Eglise, quand elle maintient dans sa pureté le dépôt de la foi. Par contre, quand les chrétiens se laissent glisser vers toutes sortes de mélanges et d’erreurs, ils abandonnent vite la fermeté doctrinale, ils manifestent des comportements qui n’ont plus rien d’évangélique et ils oublient les exigences missionnaires de leur vocation. La gnose travaille donc à affaiblir l’Eglise en perfusant compromission et erreur dans les veines des chrétiens.

Cette analyse succincte montre, s’il est nécessaire, pourquoi mon appréhension du début s’est rapidement envolée. L’expérience spirituelle de Vassula est sans aucune ressemblance avec le « Channelling ». Ce dernier conduit à la gnose, au trouble, au mensonge, à la confusion.
« La Vraie Vie en Dieu » nous situe au cœur de la foi catholique. Les Eglises orthodoxes ont un sens aigu de l’Eucharistie et de la communion sous les espèces du pain et du vin. De même, la spiritualité trinitaire y est très développée, ainsi que la Seigneurie du Christ ressuscité, le Pantocrator.

Mais il était surprenant pour moi de découvrir chez une orthodoxe grecque une dévotion intense au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie. En même temps elle apprenait la méditation du chapelet et le récitait à chaque réunion publique. Je fus aussi très vite étonné de constater avec quelle force elle prend la défense de la primauté de Pierre, l’amour qu’elle manifeste à l’égard de Jean-Paul II. Elle lance aussi un appel urgent à l’Unité des Eglises. Cet appel ne ressemble en rien à l’effort gnostique de mettre en place une église parallèle, une sorte de super-religion « cool » pour l’ère de Verseau. On y découvre au contraire un grand respect des diversités, mais en sauvegardant toujours l’unité de la vérité et de l’Amour, sous la conduite de Pierre et dans la célébration de l’unique sacrifice.
Dans le plan de Dieu, cette Eglise est aussi profondément mariale. Ainsi, amour ardent de l’Eucharistie, universalité du charisme de Pierre et maternité spirituelle de Marie : à travers les écrits de Vassula, le Seigneur lui-même nous rappelle les grandes lignes de force de son Eglise une.

En effet, notre Dieu n’est pas une idole muette. Dieu parle aujourd’hui. Il s’exprime. Il appelle. Il cherche à rencontrer les hommes ses enfants et à dialoguer avec eux. Il parle à travers sa Création. Il parle au cœur de l’homme qui se recueille pour écouter. Si nous pensons que Dieu se tait et que le monde est vide, c’est que nous n’avons pas branché notre écoute sur la bonne longueur d’ondes. Car la Parole de Dieu remplit l’univers.

L’Ecriture Sainte est pleine d’hommes et de femmes qui ont fait l’expérience de la Parole de Dieu, parce qu’ils savaient écouter avec l’oreille intérieure, avec la foi du cœur : Moïse, David, Elie, Marie de Nazareth. Les Evangiles décrivent la ferveur avec laquelle Apôtres et disciples écoutaient la Parole de Dieu. Avec Jésus, Dieu nous a donné sa propre Parole. En Lui il nous a livré tout ce qui est nécessaire à la conduite de notre vie et au développement de son Royaume. Pourquoi se serait-il arrêter de parler avec le dernier écrit apostolique ? Il nous a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Pourquoi le Vivant garderait-il le silence ? Par le prophète Joël, il nous a indiqué les signes auxquels nous pouvions nous attendre, « Il se fera dans les derniers jours, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards des songes. Et moi sur mes serviteurs et sur mes servantes je répandrai de mon Esprit » (Joël 3, 1-2 ; cité par Ac 2, 17-18). Tant d’apparitions et de messages, tant de saints et de saintes, au long de l’histoire de l’Eglise, nous rappellent la présence incessante, parlante, toute proche du Seigneur.

Mon expérience de l’accompagnement spirituel depuis des années me montre aussi que Dieu parle très souvent à ses enfants, de manières diverses. Plus les cœurs sont simples et ouverts, plus la Parole de Dieu vient les conseiller, les exhorter, les guider, les éclairer. Souvent j’ai laissé jaillir dans la joie la prière de Jésus : « Je te rends grâce, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché cela aux sages et aux savants et que tu l’as révélé aux tout-petits » (Lc 10,21). Merveilleux privilège de l’humilité ! Il est évident que les uns et les autres ont besoin du discernement de l’Eglise pour avoir de l’assurance par rapport à ce qu’ils reçoivent. Le rôle de l’accompagnateur dans ce domaine ne consiste pas à éteindre les prophéties, mais à discerner si elle concorde avec l’Ecriture Sainte, si elles sonnent justes avec les voies spirituelles courantes, si elles sont dynamisantes pour les personnes, les communautés et l’Eglise. Ces paroles de prophétie n’apportent pas de révélation nouvelle. Mais elles aident à actualiser sans cesse la Parole de Dieu et gardent active la vigilance.

Cette lumière vivifiante de la Parole est si importante pour la communauté chrétienne que l’ésotérisme, la voyance, le spiritisme s’efforcent de jeter le doute et la confusion dans l’esprit des chrétiens. En cela, comme pour toutes les autres manifestations de l’Esprit-Saint. C’est pourquoi, le « Nouvel Age » invente toutes sortes d’amalgames pour détourner de la vraie foi.
Fidèle à sa manière d’agir, l’Adversaire singe les chemins de Dieu. Mais ses grimaces se laissent vite repérer. On voit par là la nécessité d’un sage accompagnement dans les voies de la vie spirituelle.

Beaucoup de thèmes me passionneraient dans « La Vraie Vie en Dieu » : le Christ accompagnateur spirituel, l’appel à la conversion, l’unité trinitaire de l’être chrétien, le « nous » de communion. Je voudrais seulement m’arrêter un instant sur l’intimité amoureuse entre Dieu et les enfants de sa famille. Nous sommes surpris dès les premières pages de découvrir la tendresse, la douceur, la délicatesse de cet amour sponsal entre Jésus et Vassula. Mais très vite le Seigneur fait comprendre au lecteur que ce même Amour passionné, avec la même force et la même ardeur s’adresse aussi à lui, à chaque chrétien. Une vérité s’impose : « Je Suis » nous aime d’un Amour fou, concret, douloureux, poursuivant chacun de ses appels. Car il attend dans la souffrance de son Cœur le retour de cet Amour, la confiance, la fidélité. Il a horreur de tout ce qui commercialise la relation avec lui, la fonctionnarise, la rationalise.
Les messages de Vassula sont une immense parabole où Dieu crie sa soif, son désir, sa souffrance devant l’indifférence et la révolte des hommes. Partout la croix est au centre de cet Amour sponsal et déchiré de notre Dieu.

Avec ces messages, nous entrons dans un nouvel élargissement de la dévotion au Sacré-Cœur. A la suite des grandes révélations du Sacré-Cœur à sainte Gertrude et à sainte Marguerite-Marie, la première moitié de notre siècle avait entendu les accents douloureux du Cœur Miséricordieux de Jésus. Sœur Faustine Kowalska, religieuse polonaise, avait annoncé l’ère de la miséricorde nécessaire pour briser les portes de fer de notre génération. Le même courant d’amour passionné du Cœur de Jésus pour le Père et pour les hommes se retrouve dans les écrits de Vassula. Mais ici Dieu n’utilise pas le canal d’une religieuse. Il s’exprime par la vie d’une laïque, épouse et mère de famille. Elle est orthodoxe et n’a jamais entendu parler de dévotion au Sacré-Cœur. Elle est une femme du vaste monde, qui peut s’exprimer aisément en cinq langues.
La conversion de cette femme est elle-même un signe de Jonas pour son temps. Le Christ est allé la rechercher dans son néant spirituel pour la façonner de sa propre main et l’introduire dans la « Vraie vie en Dieu ».

Il en fait ainsi son témoin. Le témoin est celui qui connaît par expérience personnelle et directe. Or, il envoie son témoin annoncer à tous l’urgence de la conversion, de la purification. Car Dieu veut faire descendre sur le monde un feu purificateur. En même temps, Vassula proclame avec force le désir de Dieu de répandre son Esprit d’Amour sur toute chair. Ainsi, à l’issue d’un siècle de haine et de violence comme jamais, le Seigneur lui-même promet à son peuple qu’il fera succéder un temps nouveau, où la loi d’Amour et l’Evangile transformeront les relations humaines. Pour tous ceux qui luttent âprement au cœur du monde pour qu’advienne le Royaume de vérité, de paix, de justice et d’Amour, cette annonce d’une ère d’Amour ouvre de nouvelles et riches perspectives. N’en voyons-nous pas d’ailleurs quelques lueurs, comme à la naissance d’un enfant ?
Aussi « La Vraie Vie en Dieu » est-il un livre qui ravive notre espérance.

Père Raymond Halter
Marianiste
La Vraie Vie en Dieu (supplément 2)
Editions du Parvis, Hauteville, octobre 2001